La tentation de Saint Antoine

 

 

LA TENTATION DE SAINT ANTOINE  tableau attribué à  

HERRI  MET DE BLES    (1480 ? – 1550 ?)

 

Dans une vitrine du Musée Magnin, un peu en contrebas, un petit tableau rond  dans un cadre doré carré. Un ciel immense aux reflets bleutés et un paysage délicat, vaporeux, se confondent dans le lointain. L’impression d’une  beauté sereine cependant contrariée par l’omniprésence d’une masse rocheuse sombre et chaotique, au premier plan. Il faut se pencher pour découvrir ce qui fait sens, et entrer dans un univers étrange.

 

Depuis un éperon rocheux, la vue porte au loin vers une ville, lieu de toutes tentations. Sous un auvent, Saint Antoine est en prière. Une créature aux attributs féminins lui offre un crâne, comme Eve la pomme. Mortelle tentation  qui conduit au trépas. Sur le toit de l’auvent, un homme-singe. Est-il, lui, l’image de l’homme qui a perdu son humanité, dégradé par ses vices, la luxure, la malice ? Face à nous, les ruines, l’arbre mort, la colonne brisée que contemple un petit monstre noir témoignent de l’inanité d’un pouvoir illusoire, de la disparition de l’élan mystique, de la fracture entre le monde spirituel et celui d’ici-bas.

 

Penchons-nous encore davantage. Vers la vallée, une armée improbable passe sur un pont, encombré  d’un énorme  poisson. Comble de l’étrange ? Serait-ce une allusion aux affrontements de la Réforme sous le signe du Christ (le poisson) ? Une outre de feu explose, qui évoque peut-être les flammes de l’Enfer.

 

Allons-nous  céder au chaos, à l’absurde, la tentation,  et perdre la raison en même temps que la foi? Ou bien les retrouver par la parole divine ? (284))

Claude Albert MARTEL le 26 avril 2020