Dessin de Charles LAPICQUE

 

Un dessin de Charles LAPICQUE à découvrir

 

Un entrelacs de lignes courbes au crayon noir, structuré  par de grands traits de fusain verticaux, horizontaux, obliques. De l’ensemble naissent  cinq silhouettes, dont une centrale, remarquable. D’emblée, l’intrication du trait de crayon continu et des aplats de fusain surprend. Elle suscite comme une tension diffuse, renforcée par une distribution  en éventail qui passe de la verticale à l’oblique.

Que se passe-t-il ? De quelle scène sommes-nous les témoins ?

Le premier personnage en partant de la gauche semble manifester son effroi ou son indignation. Le trait vertical brisé au fusain en est peut-être le signe.

Le deuxième personnage  pourrait être un spectateur peu concerné. Le trait de fusain est vertical.  Il pourrait aussi être proche du personnage central, car un trait de fusain horizontal le relie à celui-ci.

Le troisième personnage, sorte d’oiseau de proie, agresse son vis-à-vis. Le large trait de fusain dessine un  «S » acéré, et enfonce littéralement la silhouette.

Le quatrième personnage recule sous le choc. Moins corpulent, moins grand que les autres, le  trait de crayon arrondi sous le cou pourrait suggérer que c’est une femme.

Le cinquième personnage serait  alors son enfant. Terrorisé, celui-ci se cache  derrière elle, s’agrippe  à elle.

La violence de la scène, sa charge émotionnelle sont signifiées  par l’omniprésence des  traits de fusain brutalement posés,  le contraste des verticales et des obliques,  le décalage entre les  courbes du crayon et la raideur du fusain.

Un mari rejeté par sa femme et furieusement jaloux ? Un divorce mal accepté ?

D’un dessin peut-être instinctif, automatique, surgit une urgence de transcrire un traumatisme,  et même une révolte.

Ce dessin de Charles  LAPICQUE  est daté de 1945, et s’intitule « L’ARRESTATION ».

Claude Albert Martel (le 2 avril 2020)